Ça y est, nous y revoilà. Comme à chaque année, c'est devenu incontournable : janvier s'écrit dans le registre résolutionnaire et se conjugue quelque part entre le plus-que-parfait et le futur simple. Au programme? Maigrir!
À preuve, le Journal de Montréal a flairé la bonne affaire en consacrant un dossier à la question du [sur]poids dans ses premières livraisons de l'année, information relayée sur les stations du réseau Corus Québec. Sondages, spécialistes et tribuns chantent en choeur à l'autel de la minceur... et au sacrifice de la rigueur. Information, dites-vous? Le ton est volontiers alarmiste et le débat verse sans pudeur dans la propagande.
Pendant que les centres de conditionnement physique font des affaires d'or, le obese-bashing bat son plein. Encore une fois, l'analogie avec le tabac s'impose. Comme les ex-fumeurs, les dieters sont les plus hargneux au micro. Si tendance se maintient, dixit Bernard Derome, il sera bientôt aussi infamant de s'afficher avec des bourrelets à la taille qu'avec une cigarette à la main.
Fascinants, les propos que l'on tient sur les gros. Surtout dans la bouche de ceux qui ne le sont pas. La figure du gros y relève d'une sorte d'abstraction. On jurerait que les minces qui parlent des gros n'en ont jamais connus. On comprend qu'ils en ont croisés, qu'ils en côtoient peut-être de façon impersonnelle, mais vraisemblablement, ils n'ont pas cherché à les envisager autrement que par le regard et le jugement.
Pour résumer, les gros sont des personnes dépourvues de volonté et d'orgueil. Ils sont coupables d'avoir grossi, de ne pas maigrir et/ou de ne pas vouloir maigrir.
Vraiment, je me demande où l'on a bien pu pêcher une idée pareille. Les gros heureux et fiers de l'être consituent la rarissime exception qui confirme la règle universelle. Personne n'aime ni ne veut être gros. Ceux qui le nient se/vous mentent. Parce qu'à la honte d'être gros s'ajoute celle d'avoir honte de soi.
Oui, la honte. Il n'y a pas si longtemps encore, on considérait surtout la question du poids en termes esthétique. À l'idéal de la beauté s'est ajouté celui de la santé, puis celui de la morale. Être gros, c'est non seulement laid et malsain; désormais, c'est mal.
Au nom du dogme du poids santé, l'espèce de tolérance dont bénéficiait l'embonpoint modéré des enrobés et des quelques livres en trop a été revue au prisme de l'IMC. Cet outil conçu pour rendre compte du vaste spectre des silhouettes a été édifié en critère pour départager ceux qui ont raison de ceux qui ont tort.
Être gros, c'est mal. Être gros, c'est avoir tort de l'être. Même les gros s'en sont persuadés.
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6 janvier 2009
1 janvier 2009
Régime ou anti-régime?
C'est sûr que j'aimerais bien me débarasser de cette obsession que j'entretiens face à mon poids et à mon alimentation. Manger sereinement, sans culpabiliser au moindre écart et sans crainte de grossir.
Pour l'instant, je suis encore préoccupée par ces deux livres que j'ai à perdre.
La bonne nouvelle, ironiquement, c'est que depuis le temps, je suis passée maître dans l'art de la diète. Ce sera une affaire de rien de perdre ces deux livres. Quelques substitutions, vigilance accrue et juste ce qu'il faut de volonté pour s'y tenir.
La plupart du temps, les gens qui en sont à leur(s) premier(s) régime(s) commettent beaucoup d'erreurs parce qu'ils sont mal renseignés. Il y a tellement de contradictions dans l'information qui circule sur l'amaigrissement! Sans parler du charlantanisme qui y prospère comme nulle part ailleurs...
Donc quand une personne me fait part de sa volonté de perdre du poids, je suis comme déchirée.
D'un côté, je suis tentée de lui donner des conseils, et comme je suis passée experte en matière de diététique et d'amaigrissement, ce seraient d'excellents conseils. Pour maigrir.
D'un autre côté, j'ai envie de détourner cette personne de l'idée de faire un régime. Parce que c'est d'abord en cherchant à perdre quelques livres en trop [et qui souvent n'étaient de trop qu'à leurs yeux] que les filles comme moi ont développé ces préoccupations malsaines et obsédantes à l'égard de l'alimentation et du poids. Combien de filles devenues grosses ne l'étaient pas lorsqu'elles ont entrepris leur premier régime?
Même chose ici. J'adhère complètement aux idées de l'anti-régime. Si je ne me sens pas encore prête à l'appliquer dans ma vie, ce n'est qu'une question de temps. Je suis bien consciente que c'est la seule façon retrouver la sérénité. Parce que se nourrir est un besoin essentiel qui doit être comblé plusieurs fois chaque jour, l'obsession face au poids et à l'alimentation est une préoccupation d'à peu près tous les instants. Ce n'est pas un problème que l'on est susceptible d'éprouver « juste un peu » ou « de temps en temps ». C'est tout l'espace mental qui est envahi et à ce titre, c'est très invalidant.
Si je souhaite reconquérir le territoire de mes pensées, il faudra donc que je lâche prise et que je passe dans le camp de l'anti-régime. Entretemps, ça se pourrait que je joue dans les deux équipes. Toutes ne sont pas prêtes pour l'anti-régime, et j'en suis.
Pour l'instant, je suis encore préoccupée par ces deux livres que j'ai à perdre.
La bonne nouvelle, ironiquement, c'est que depuis le temps, je suis passée maître dans l'art de la diète. Ce sera une affaire de rien de perdre ces deux livres. Quelques substitutions, vigilance accrue et juste ce qu'il faut de volonté pour s'y tenir.
La plupart du temps, les gens qui en sont à leur(s) premier(s) régime(s) commettent beaucoup d'erreurs parce qu'ils sont mal renseignés. Il y a tellement de contradictions dans l'information qui circule sur l'amaigrissement! Sans parler du charlantanisme qui y prospère comme nulle part ailleurs...
Donc quand une personne me fait part de sa volonté de perdre du poids, je suis comme déchirée.
D'un côté, je suis tentée de lui donner des conseils, et comme je suis passée experte en matière de diététique et d'amaigrissement, ce seraient d'excellents conseils. Pour maigrir.
D'un autre côté, j'ai envie de détourner cette personne de l'idée de faire un régime. Parce que c'est d'abord en cherchant à perdre quelques livres en trop [et qui souvent n'étaient de trop qu'à leurs yeux] que les filles comme moi ont développé ces préoccupations malsaines et obsédantes à l'égard de l'alimentation et du poids. Combien de filles devenues grosses ne l'étaient pas lorsqu'elles ont entrepris leur premier régime?
Même chose ici. J'adhère complètement aux idées de l'anti-régime. Si je ne me sens pas encore prête à l'appliquer dans ma vie, ce n'est qu'une question de temps. Je suis bien consciente que c'est la seule façon retrouver la sérénité. Parce que se nourrir est un besoin essentiel qui doit être comblé plusieurs fois chaque jour, l'obsession face au poids et à l'alimentation est une préoccupation d'à peu près tous les instants. Ce n'est pas un problème que l'on est susceptible d'éprouver « juste un peu » ou « de temps en temps ». C'est tout l'espace mental qui est envahi et à ce titre, c'est très invalidant.
Si je souhaite reconquérir le territoire de mes pensées, il faudra donc que je lâche prise et que je passe dans le camp de l'anti-régime. Entretemps, ça se pourrait que je joue dans les deux équipes. Toutes ne sont pas prêtes pour l'anti-régime, et j'en suis.
28 décembre 2008
Mince et stupide
Je suis mince.
À ce titre, je suis crédible quand je défends les gros. Je ne prêche pas pour ma paroisse, comme on dit. Quoique...
Je n'ai même jamais été en surpoids. Mon plus haut score à l'échelle de l'IMC s'établit à 22 pour 116 lbs. Ce matin, j'en pesais 101.
Je pense que mon poids dit « naturel » se situe autour de 106 à 108 lbs. Or j'essaie de le maintenir dans la fourchette du 98 à 102 lbs. L'été, j'arrive assez facilement à rester à 98 lbs. Récemment, j'ai atteint les 102 lbs. J'ai donc décidé de revoir ma diète pour revenir à 100 lbs.
Je me sens grosse dès que je perds mes abdominaux de vue. Et pourtant, le fait est que je suis en souspoids. En lisant que je pesais 101 lbs, je suis persuadée que certaines se sont dit : « la chanceuse, comme j'aimerais être comme elle! ».
Il ne faudrait pas s'y méprendre, je le dis sans une ombre de prétention. C'est ce que je l'entends régulièrement à mon sujet : « Tu est toute petite, chanceuse! J'aimerais tellement ça être comme toi... »
Ce à quoi je réponds, dans mon monologue intérieur : « Non, crois-moi, tu ne veux pas être comme moi. Surtout pas. »
Tu ne veux pas savoir combien il y a de calories dans UN bâtonnet de carotte ou UNE amande. Mettre de l'huile minérale sur ta salade. Acheter de la compote de pomme sans sucre pour y verser un sachet d'aspartame. Te sentir obligée de consulter d'abord le menu sur Internet lorsque tu es contrainte [sic] d'aller au restaurant.
Je fais tout plein de trucs stupides du genre. Et pourtant, règle générale, je ne suis pas stupide.
Mais je suis mince. À 100 lbs, je me sens mince. À 98, vraiment mince. Même avec ce qui reste de cellulite. À 102 lbs, je commence déjà à me sentir grosse. Au-delà, je me trouve vraiment énorme.
Or par rapport à mon set point, je suis en souspoids. Je suis en aménorrhée depuis 2 ans, ce qui fait de moi une candidate de choix à l'ostéoporose. Je pourrais aussi être stérile. Heureusement, l'hypogonadisme me laisse croire que je ne veux pas avoir d'enfants.
Si l'eau de la piscine est le moindrement froide, je n'ai pas assez de gras pour maintenir ma température corporelle même en nageant vigoureusement. Il n'est pas rare que je m'entraîne en wet suit, à l'intérieur! Un fin duvet a bien recouvert mon dos pour limiter cette déperdition de chaleur, mais je gèle quand même.
Et si je mange beaucoup de carottes, je deviens rapidement orange, parce que mon alimentation ne comportant pas assez de lipides, j'assimile mal les caroténoïdes.
Et pourtant je m'obstine. Pour me sentir mince, je consens à me sentir stupide. J'envie souvent les filles plus grasses qui s'acceptent vraiment. Elles me paraissent tellement intelligentes. Et beaucoup plus belles que moi. Comme quoi tout est relatif.
J'en reviens aux gros.
Je suis convaincue que les problèmes de poids ne relèvent pas de l'autorité de la balance ou de l'IMC. C'est une question de perception et surtout d'attitude. Quand je me trouve grosse à 105 lbs, je considère que j'ai le même problème que celle qui se trouve grosse à 210, mais pas à 200 lbs.
Ce n'est pas parce qu'on est cliniquement mince qu'on a des leçons à donner à ceux qui ne le sont pas ou qu'ils gagneraient à suivre notre exemple. Je ne cherche absolument pas à faire croire que je suis à plaindre (je ne le pense pas non plus), mais à celles qui me disent qu'elles voudraient être « comme moi », ce n'est pas du tout ce que je souhaite.
À ce titre, je suis crédible quand je défends les gros. Je ne prêche pas pour ma paroisse, comme on dit. Quoique...
Je n'ai même jamais été en surpoids. Mon plus haut score à l'échelle de l'IMC s'établit à 22 pour 116 lbs. Ce matin, j'en pesais 101.
Je pense que mon poids dit « naturel » se situe autour de 106 à 108 lbs. Or j'essaie de le maintenir dans la fourchette du 98 à 102 lbs. L'été, j'arrive assez facilement à rester à 98 lbs. Récemment, j'ai atteint les 102 lbs. J'ai donc décidé de revoir ma diète pour revenir à 100 lbs.
Je me sens grosse dès que je perds mes abdominaux de vue. Et pourtant, le fait est que je suis en souspoids. En lisant que je pesais 101 lbs, je suis persuadée que certaines se sont dit : « la chanceuse, comme j'aimerais être comme elle! ».
Il ne faudrait pas s'y méprendre, je le dis sans une ombre de prétention. C'est ce que je l'entends régulièrement à mon sujet : « Tu est toute petite, chanceuse! J'aimerais tellement ça être comme toi... »
Ce à quoi je réponds, dans mon monologue intérieur : « Non, crois-moi, tu ne veux pas être comme moi. Surtout pas. »
Tu ne veux pas savoir combien il y a de calories dans UN bâtonnet de carotte ou UNE amande. Mettre de l'huile minérale sur ta salade. Acheter de la compote de pomme sans sucre pour y verser un sachet d'aspartame. Te sentir obligée de consulter d'abord le menu sur Internet lorsque tu es contrainte [sic] d'aller au restaurant.
Je fais tout plein de trucs stupides du genre. Et pourtant, règle générale, je ne suis pas stupide.
Mais je suis mince. À 100 lbs, je me sens mince. À 98, vraiment mince. Même avec ce qui reste de cellulite. À 102 lbs, je commence déjà à me sentir grosse. Au-delà, je me trouve vraiment énorme.
Or par rapport à mon set point, je suis en souspoids. Je suis en aménorrhée depuis 2 ans, ce qui fait de moi une candidate de choix à l'ostéoporose. Je pourrais aussi être stérile. Heureusement, l'hypogonadisme me laisse croire que je ne veux pas avoir d'enfants.
Si l'eau de la piscine est le moindrement froide, je n'ai pas assez de gras pour maintenir ma température corporelle même en nageant vigoureusement. Il n'est pas rare que je m'entraîne en wet suit, à l'intérieur! Un fin duvet a bien recouvert mon dos pour limiter cette déperdition de chaleur, mais je gèle quand même.
Et si je mange beaucoup de carottes, je deviens rapidement orange, parce que mon alimentation ne comportant pas assez de lipides, j'assimile mal les caroténoïdes.
Et pourtant je m'obstine. Pour me sentir mince, je consens à me sentir stupide. J'envie souvent les filles plus grasses qui s'acceptent vraiment. Elles me paraissent tellement intelligentes. Et beaucoup plus belles que moi. Comme quoi tout est relatif.
J'en reviens aux gros.
Je suis convaincue que les problèmes de poids ne relèvent pas de l'autorité de la balance ou de l'IMC. C'est une question de perception et surtout d'attitude. Quand je me trouve grosse à 105 lbs, je considère que j'ai le même problème que celle qui se trouve grosse à 210, mais pas à 200 lbs.
Ce n'est pas parce qu'on est cliniquement mince qu'on a des leçons à donner à ceux qui ne le sont pas ou qu'ils gagneraient à suivre notre exemple. Je ne cherche absolument pas à faire croire que je suis à plaindre (je ne le pense pas non plus), mais à celles qui me disent qu'elles voudraient être « comme moi », ce n'est pas du tout ce que je souhaite.
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